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11 avril 2013 ~ 1 Commentaire

Si on ouvrait les yeux ?

Cet article est plus un billet d’humeur qu’un article comme les propose habituellement Time To Think. Mais il tourne autour d’une question simple: si on ouvrait les yeux ? Oui, il est question de politique, oui, il est question d’économie… Et bien évidemment, il est question de communication aussi. Pour au final une conclusion: et si on arrêtait de prendre les gens pour des idiots

Précisions

Avant de rentrer dans de plus amples considérations, quelques précisions sont tout de même a apporter sur le billet d’humeur qui va suivre. L’objectif n’est ni de traiter l’état de la politique française (dans sa globalité) d’un point de vue de gauche ou de droite. A ce titre, ce billet sera apolitique, et reposera principalement sur des faits vérifiables d’une manière ou d’une autre. L’autre précision importante, c’est qu’effectivement je ne suis ni économiste, ni politologue, ni Médiapart et encore moins un puits de science. Je suis juste une personne qui s’intéresse de prêt (ou de loin) à la politique, l’économie et qui aimerait vraiment qu’un peu de sérieux revienne dans les débats.

L’art d’envoyer de la poudre aux yeux ?

Hier, nous avons eu le droit a des déclarations de notre président pour faire face au scandale Cahuzac.  Le « choc de transparence« . Au programme, vous l’avez entendu: transparence de la vie publique, lutte contre la délinquance économique ou encore la mobilisation contre les paradis fiscaux. L’Etat va donc créer un parquet pour surveiller ce qui se passe en matière de délinquance financière. Des annonces fortes, mais au final pas si nouvelles… En témoigne la lutte contre les paradis fiscaux, dont la proposition se trouve déjà dans la loi bancaire qui est en discussion à l’Assemblée Nationale.

La journée du patrimoine

Mais avant cette déclaration, il y a eu ce qui restera comme un des plus grands moment de la vie politique française. La journée du patrimoine, autrement dit cette merveilleuse journée où les politiques de tous bords y sont allés de la publication de leurs déclarations de patrimoines. Objectif: montrer patte blanche et ramener un peu de moral.  Mais soyons honnête, cet acte est autant ridicule que futile. La raison est simple. Une déclaration de patrimoine, tout le monde peut la faire, et on peut y inscrire à peu prêt ce que l’on veut dessus. Alors quel est le risque ? Et bien de rajouter de la méfiance à l’égard des hommes politiques. Je m’explique: ceux qui ne publieront pas seront considérés comme ayant des choses à cacher. Ceux qui publient et qui sont trop « normaux » auront soit à se justifier soit seront cataloguer dans une case « pas très net ». Et enfin, il y a les gens qui garderont à l’esprit la fameuse phrase « de toute façon, tous des pourris« , et qui iront imaginer que si revenus cachés il y a, alors ils sont sur le compte de la famille, ou sur des comptes à l’étranger, ou sous des faux noms… Bref vous voyez la spirale ? On tombe dans un semblant de paranoïa, qui n’est rien d’autre qu’une méfiance primitive du clan politique. La confiance à pour ainsi dire disparue.

Ne pas se tromper de combat dans l’après Cahuzac

Il faut désamorcer la bombe par tous les moyens. Alors on va lutter contre la fraude, instaurer la transparence, lutter contre les paradis fiscaux… Pour ce qui est de la transparence, elle serait logique. Seul deux pays dans l’Union Européenne n’obligent pas leurs politiques à publier leurs patrimoines. Nous et la Slovénie. Mais pour ce point, ne nous trompons pas d’objectif. L’idée n’est pas de savoir si tel ministre possède deux ou trois voitures, si il est plus riche qu’un autre ministre etc etc. Non. L’objectif de cette transparence, c’est de pouvoir voir l’évolution entre le patrimoine avant un mandat et à la fin de se dernier. Ainsi, on peut essayer de percevoir si un politique s’est enrichi de manière suspecte pendant son mandat. Voilà ce que devrait être le seul objectif de cette publication.

De la lutte contre les paradis fiscaux

Nicolas Sarkozy avait annoncé la mort des paradis fiscaux. Force est de constater qu’ils existent encore. Mais là encore, revenons sur la déclaration: « Les banques françaises devront rendre publique la liste de toutes leurs filiales, partout dans le monde, pays par pays ». Oublions un instant que cette idée était déjà en cours de vote et que ce n’est donc, sur le papier, que tirer la couverture à soit. Les banques doivent rendre publique la liste de leurs filiales… Très bien, mais ne devraient-elles pas aussi publier les revenus dégagés, les investissements… ? Si on joue la transparence, il faut la jouer jusqu’au bout. La déclaration se poursuit par: « La France établira chaque année une liste des paradis fiscaux, pays par pays ». Mais la vraie question, c’est que fait-on de la liste ? Si on fait une liste de course mais qu’on ne se déplace pas au magasin, la liste ne sert à rien. Donc au delà de l’effet d’annonce, il faudrait une stratégie concrète. Car il faut rendre à César ce qui appartient à César. Prenons l’exemple de Singapour. Paradis fiscal s’il en est, opaque financièrement au monde des « gentils » diront nous. Et bien savez vous que Singapour répond aux demandes sur les exilés fiscaux dans un délai maximum de 3 mois ? Seul un cas Indien fait figure d’exception, sinon le pays à toujours répondu à toutes les questions qui lui ont été posées… Mais là encore, si l’on prend l’exemple de l’affaire Cahuzac, la question a-t-elle été posée ? De plus, si l’on prend l’exemple des USA, une sorte de partenariat est en train de voir le jour avec des Etats comme Singapour, et une communication quasiment en direct devrait voir le jour. Enfin dernier élément dans cette lutte contre les paradis fiscaux, n’oublions pas que au moins 10% des flux des paradis fiscaux proviennent de la City à Londres ou encore des USA… Mais mettrons-nous la pression sur ces éléments ?

Parlons des marchés

Une fois de plus, les marchés sont le danger et il faut être fort face à eux. Je caricature volontairement l’idée dégagée par plusieurs déclarations du gouvernement. Mais revenons sur ce qui c’est passé lundi dernier, pendant 1h. La dette française à long terme coûtait moins cher que la dette Américaine ! C’est un phénomène assez incroyable qui est malheureusement passé un peu inaperçue. Comment expliquer que la dette française, dont le Triple A n’est qu’un lointain souvenir et dont la croissance forme une quasi bulle parfaite, soit  mieux vues sur le marché que la dette Américaine (on parle bien sur de dette à long terme) ? La réponse, c’est grâce au Japon. La Banque japonaise à annoncer l’injection de liquidité en grande quantité afin de reflater son économie. Grâce à cette action, d’ici deux ans, l’inflation deviendra positive. Les taux nippons sont aujorud’hui inférieurs à 1%, donc si vous êtes un investisseurs au pays du soleil levant, vous cherchez à le placer là où les intérêts sont plus bénéfiques pour vous. La France est à 1,70. Les investisseurs japonnais ont donc largement investit dans la dette française pour s’assurer un peu de prospérité. On peut donc critiquer les marchés, faire la guerre à ces derniers, mais le résultat est là: aujourd’hui, nous empruntons sur le long terme à un taux plus bas que lorsque nous avions le AAA. Magie de la finance ? 

Si on ouvrait les yeux ?

Vous l’aurez remarqué, ce billet d’humeur est assez long et moins structuré que les articles habituellement publiés. Il faut dire que pour beaucoup d’idées, des articles complets pourraient être rédigé. L’idée est vraiment simple. Les gens ne sont pas idiots, et avec un minimum d’explication ils pourraient s’intéresser à l’économie, et mieux comprendre ce qui se passe. Pour le moment, la grande capacité du gouvernement est de faire des effets d’annonces qui parlent au plus grand nombre. Mais la vérité est que le monde bouge, que beaucoup de choses se passent et qu’il faut définir une véritable stratégie pour faire face. Communiquer n’est plus la base, surtout en période de crise de confiance comme nous la connaissons. Il serait grand temps que les politiques arrêtent de s’invectiver à l’Assemblée pour enfin essayer d’aller de l’avant. Car si l’on cumul tout ce qui se passe actuellement, il ne faut plus se poser de questions lorsqu’aux élections les taux d’abstention battent des records. « Tous des pourris, pourquoi j’irais voter ? ». Voilà ce que les gens finissent par se dire. Or la démocratie, c’est surement pas de publier une déclaration de patrimoine. L’action politique entraîne l’action économique qui entraîne tout le système social. Et inversement. Aujourd’hui, malgré la crise de confiance, il faut faire face à des problématiques majeures comme le chômage, la sortie de crise de l’euro, la stratégie à long terme de la France, un retour à des exportations fortes, l’aide aux secteurs en développement (et arrêter de se voiler la face avec des secteurs qui n’ont plus de potentiels d’un point de vue mondial). Aujourd’hui, il faut ouvrir les yeux et arrêter de faire des demi mesures ou répondre à des polémiques marginales (même si elles sont graves). Simplement, arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles, jouons cartes sur table pour que tout le monde comprenne et aille dans le même sens. La communication ne fait pas tout, il faut agir, et ce à tous les niveaux et de tous bords de la politique. Il en va de la crédibilité du pays.

Clement Gracyk (417 Posts)

Créateur de timetothink.fr , je suis passionné par les nouvelles technologies, les sciences de l'information et le management. J'aime essayer de montrer l'actualité sous un autre angle pour ne pas rester sur la présentation des grands médias nationaux.


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